"POLITIKASS"

GLISSEMENTS PROGRESSIFS DE L’ECRIRE

Inviterez-vous Marine à prendre le thé ?

Au lendemain de la raclée des municipales, dans la newsletter de son site «ARRÊT SUR IMAGE» du lundi 31 mars, Daniel Schneidermann se livrait à des conjectures sur l’identité du futur Premier Ministre, évoquant d’un ton assez désabusé l’Europe, l’Euro et l’action politique en général: 

« Delanoë, Valls gauchisé ou non, Ayrault 2 ou 2 bis, "geste" social ou pas, la politique nationale restera la même, ce savant dosage de soumission et de duplicité face aux injonctions bruxelloises, qu'on appelle aujourd'hui "pacte de responsabilité". Tant que l'on restera dans l'euro, tout changement ne peut être que cosmétique. Bonne raison de continuer à regarder ailleurs. Reste-t-il une marge de manœuvre au niveau municipal ? C'est ce que vont s'efforcer de démontrer les nouveaux maires FN.»

Ce questionnement tranquille à propos des nouveaux maires FN apparaissait à l’époque, dans la bouche d’un socialiste insoupçonnable, ancien militant de l’Union des Jeunes Communistes, tout à fait révolutionnaire.

Jean-Luc GODARD a depuis fait beaucoup plus fort dans une interview donnée au Monde, publiée le 12 juin, en déclarant: "J'espérais que le Front national arriverait en tête. Je trouve que Hollande devrait nommer --je l'avais dit à France Inter, mais ils l'ont supprimé-- Marine Le Pen Premier ministre". Boutade, second degré, provocation ? Pas vraiment, semble-t-il, puisque qu’à l’interrogation du journaliste qui lui demande ses raisons, le vieux mao d’ajouter : "Pour que ça bouge un peu... Pour qu'on fasse semblant de bouger, si on ne bouge pas vraiment. Ce qui est mieux que de faire semblant de ne rien faire."

Deux exemples parmi d’autres de la banalisation de la survenance du Front National dans le champ politique du futur possible. Y-a-t-il lieu d’établir un parallélisme avec des situations d’avant 1939 ?

Les élites dirigeantes allemandes, peuple de vieille culture et de faible empathie démocratique, ont remis le pouvoir en 1933 à un beau parleur dans un contexte de grave crise économique et d’impuissance politique. Le peuple, pourtant éclairé par quelques semaines d’un exercice du pouvoir clairement totalitaire, a confirmé ce choix, en soutenant sa formation politique avec près de 44% des voix. Mauvaise pioche : il s’agissait d’un dingue de la plus belle eau.

Qu’y-a-t-il de similaire, chez nous, aujourd’hui ? Le peuple français, de vieille culture, n’est pas si démocrate qu’on pourrait le penser puisqu’il tolère depuis plus de quarante ans un exercice du pouvoir à chaque mandat présidentiel toujours un peu plus monarchique. Alors que les chars ronronnent aux frontières de l’Ukraine et que les comptes du chômage et de la dette virent au carmin, le Monarque a annoncé qu’il allait réformer le Permis de Conduire. 


Le Monde 29/04/2014

Le peuple est aujourd’hui convaincu que ses élites sont incapables de mener à bien les réformes qu’il sait inévitables et il commence à comprendre que l’Union Européenne n’est peut-être pas l’assurance contre la guerre qu’on lui a fait miroiter. C’est ce qui le rend sombre, démobilisé, attentiste.

La question sous-jacente, subliminalement exprimée par les intellectuels, mais proche d’être formulée explicitement, est donc de déterminer si Madame Le Pen est ou non une dingue de la plus belle eau.

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