REFORME REGIONALE|"SOCIÉTAL"

FEBRILITE, LEGERETE ET MEPRIS

« Réformer les territoires pour réformer la France »

Contrairement à ce qu’écrit le Président dans la tribune publiée ce mardi dans la presse régionale et intitulée « Réformer les territoires pour réformer la France », les régions ne sont pas « héritées de découpages administratifs remontant au milieu des années 1960 » mais ont été imaginées par Etienne Clémentel dès 1915 et transcrites dans un projet de réforme de 1919… qui n’aboutit pas (comme bien souvent en France). Pétain reprit pourtant ce projet en 1941 et c’est depuis lors que la Loire-Atlantique est séparée de sa famille historique bretonne millénaire. Le dernier examen économiquement rationnel de redécoupage fut appliqué par Pflimlin en 1955 mais n’opérait pas de changements majeurs dans l’organisation entérinée par Vichy.

Les régions actuelles ont donc été constituées pour une France de 40 millions d’habitants, en majorité agriculteurs, une France qui exploitait encore des mines de charbon et un outil industriel sensiblement différent de ce qu’il est aujourd’hui, ne possédait ni autoroutes ni TGV. Et alors que l’Union Européenne n’existait pas. Par ailleurs, ce découpage correspondait à certaines visions d’aménagement qui n’ont pas toujours été suivies d’effets sur le terrain ou n’ont jamais été admises par les habitants concernés. Ainsi, par exemple, Amiens la picarde n’a jamais réussi à arracher l’Oise, qui lui fut rattachée, à l’attraction parisienne. Pas plus que les habitants de la Loire-Atlantique n’acceptèrent unanimement d’être fondus dans une abstraction construite ex nihilo et sottement baptisée. En bonne logique, en effet, ainsi nommés, les Pays de la Loire devraient inclure une bonne partie du Centre et de l’Auvergne.

Un siècle après (et quel siècle !), il faut revoir profondément la copie et ne pas se contenter de jouer au Rubik’s Cube. L’enjeu est de construire des régions à la personnalité forte, peuplées d’au moins quatre à cinq millions d’habitants (les Pays de la Loire n’en comptent que 3,6),  capables de faire entendre leur voix jusqu’à Bruxelles, la nation s’étant diluée dans l’Europe. C’est donc à un sérieux travail d’historiens, de sociologues et d’économistes, doués pour la prospective, qu’il faut s’atteler avant de faire des propositions et en débattre. Balladur, dans son rapport sur la Réforme des Collectivités Locales de 2009 (intitulé « Il est temps de décider » !) ne s’y trompait pas. Il s’est bien gardé de trancher à cet égard, conscient de la difficulté de la tâche.

Au lieu de ça, nous avons eu droit lundi soir à une séance de Grand Guignol. A 16H00, le Monarque de la République appelle Jacques Auxiette pour l’informer que les Pays de Loire fusionnent avec le Poitou-Charentes. Stupeur ! Pour changer d’avis à 21h00 (évidemment sous l’influence des hurlements des élus concernés) et laisser la région seulette. Le même vaudeville s’est joué pour le rattachement de la Picardie et de la Champagne Ardenne, à ceci près que celui-ci a été entériné malgré les élus qui doivent crier moins fort que dans l’ouest.
Il apparait clairement que l’on veut conduire cette réforme à la hussarde et a minima, en se contentant d’additionner des régions existantes. Evidemment c’est beaucoup plus facile qu’un travail en finesse! Et ça épargne une réforme constitutionnelle. Mais ça n’est pas sérieux. En ce qui concerne la Loire-Atlantique par exemple, pour peser, nous avons besoin de la Bretagne. Et si cette idée est erronée, au moins devons-nous en débattre sérieusement. On veut se comporter comme l’acquéreur d’un appartement mal distribué qui se contente d’un coup de peinture et d’un changement de disjoncteur. Vingt ans durant, il maudira la cloison qu’il aura négligé de remettre à la bonne place.

Monsieur le Président, un outil majeur de la compétitivité de la France pour le siècle à venir ne se construit pas comme la motion de synthèse d’un congrès de la SFIO. Cette réforme nécessaire, qui peut redonner un peu de lustre à un quinquennat qui en a furieusement besoin, ne peut être conduite avec fébrilité, légèreté et mépris, au prétexte qu’il faut d’urgence enfumer les jambons pour survivre. L’avenir de votre peuple vaut mieux que ça.

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